MUSÉE DES FOIRES

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La Fondation Musée des Foires de Medina del Campo (dans la région de Castille-Léon)  est une institution à but non lucratif qui se consacre à la conservation, à l’exposition permanente et à la diffusion de divers éléments constituant le patrimoine historique et culturel des grandes Foires du XVe et du XVIe siècle: œuvres d’art, livres, documents historiques, pièces de toutes sortes… Tous ces éléments ont été d’une importance capitale pour le développement du commerce et la naissance de la banque moderne. Créée le 5 mars 2001, cette Fondation met en évidence l’importance des transactions commerciales à cette époque et leur impact aujourd’hui encore sur l’économie, la culture et l’art dans notre société.

Les pièces exposées au musée proviennent de la Fondation Simón Ruiz, créée par le marchand et banquier du même nom en 1597, ainsi que des églises et couvents de Medina del Campo, et des différentes institutions culturelles de la région de Castille-Léon.






Église collégiale de St. Antolin


L´HISTOIRE ET LE CADRE URBAIN

Les Foires de Medina del Campo furent créées par Don Fernando de Antequera au début du XVe siècle. Les premières Ordonnances d´installation de commerçants, dictées par Doña Leonor, épouse de Don Fernando, datent de 1421 et nous indiquent que l´échange de marchandises avait lieu au centre commercial de la ville, entouré à l’époque d’arcades. Les différents rois ont tous apporté leur soutien aux foires mais ce sont les Rois Catholiques qui ont fait le plus beau geste en leur décernant le titre de Foires Générales du Royaume en 1491. Ces foires, qui avaient lieu deux fois par an, en mai et en octobre, étaient au début de grands marchés francs commerciaux de produits, avant de se transformer en un lieu de transactions essentiellement financières. Ce lieu regroupait aussi bien les marchands castillans que de nombreux représentants des principales maisons financières européennes (Anvers, Genève, Lyon, Florence ou Lisbonne) qui se rendaient à Medina pour commercer. C´est ainsi que les commerçants ont peu à peu cédé leur place aux hommes d’affaires et aux cambistes, qui endossaient des crédits, achetaient de grands lots, émettaient des ordres de paiement et surtout des lettres de change.

Dans cette première partie du musée, on peut donc voir un ensemble de muraux en plâtre sculpté et de lambris de petits azulejos (mosaïques en terre émaillée) provenant du Palais Royal, résidence qui fut agrandie par Fernando de Antequera et les Rois Catholiques. On y trouve également plusieurs documents à propos des principaux bâtiments et institutions de Medina, dont l´annonce publique de l´élévation de la troisième enceinte de la ville ou la bulle pour la construction de la collégiale et le sceau de son chapitre.




Pendón Real de Castilla


LE MARCHÉ DE LA LAINE ET LE COMMERCE DU TEXTILE

Le marché de la laine et postérieurement celui des draperies, soies, étoffes, dentelles et broderie, ils font de la ville de Medina del Campo un grand centre de commerce du textile. La grande renommée de la ville concernant son marché de la laine tient à sa condition de lieu de rencontre naturel des marchands itinérants provenant de La Meseta Norte pour vendre et acheter de la laine brute. Quant aux produits manufacturés, il est bon de rappeler qu’ils constituaient pendant une longe période la plupart des transactions de la foire.

Voici, entres, quelques exemples de cette splendeur: un ensemble représentatif des dentelles faites à l’époque en Castille, Flandre, Italie, etc.; deux extraordinaires ornements liturgiques, appartenant à l’église collégiale, brodés en or sur fond de soie et de velours; et le Pendón Real de Castilla, drapeau en damas cramoisi utilisé par la ville pour la proclamation des nouveaux rois.

 

 




 

Pieté. Relief en bois. Juan de Juni, vers 1575


LE COMMERCE DES ŒUVRES D´ART

Les nombreuses pièces d´importation qui sont conservées dans de nombreuses villes de Castille mettent en évidence la forte activité du commerce des œuvres d’art pendant le XVIe siècle. C´est par les ports de la côte Cantabrique que de grandes cargaisons d´articles somptuaires en provenance de Flandre et des Pays-Bas arrivent en Espagne et, en particulier, aux foires de Medina del Campo, un des principaux centres d´achat, de vente et de distribution de ces objets. D’une part, la noblesse et les dignitaires ecclésiastiques commandent des œuvres d’art de dernier cri; d’autre part, un groupe social croissant de bourgeois riches et les communautés religieuses montrent, elles aussi, leur désir d´acquérir des œuvres d’art, principalement à caractère religieux, pour leur propre culte. Il s’agit dans ce dernier cas d´objets de dévotion fabriqués en série dans les ateliers locaux.

Sous l´impressionnant plafond à caissons mudéjar de l´ancien église on peut contempler d´extraordinaires œuvres d’art rappelant les grandes foires d´antan: des reliefs importés de la région du Brabant; des panneaux en bois peints à Anvers, Bruges ou Bruxelles; et des peintures hispano-flamandes, réalisées dans les ateliers de Castille et représentatives de l’art local. On peut s’arrêter plus longuement sur deux chefs d’œuvre dans cet espace: un relief de la "Pieté" qui fait partie de l´ensemble commandé par le riche cambiste Francisco de Dueñas au maître Juan de Juni vers 1575 et, datant d´un siècle plus tôt, une impressionnante sculpture orante en albâtre polychromé, la première de son genre, de l´évêque Lope de Barrientos, grand bienfaiteur de sa ville natale et un personnage clef sous le règne de Juan II.
 

L'évêque Lope de Barrientos.Sculpture en albâtre polychromé.

Vierge avec l'enfant. Peinture flamande à l'huile. Panneau en bois. Cercle d'Adrian Isembrant (v. 1520)

Le miracle de la messe de St. Gregorie. Relief en bois. Atelier de Brabante (Pays Bas). Vers 1515.








 


L´orfèvrerie

Pendant la deuxième partie du XVIe siècle, Medina del Campo fut l’un des principaux centres d´orfèvrerie et de joaillerie de Castille. Les artisans locaux, situés sur le trottoir de la Joyería de la Plaza Mayor (Grand Place) et dans la rue de la Plata, font preuve d’une technique impressionnante comme on peut le constater à travers les pièces conservées de nos jours et qui présentent les armoiries de la ville comme marque. La centaine d´artistes installés à Medina dans les années 1550 ainsi que les orfèvres et marchands arrivés en temps des foires, fabriquent et vendent leurs pièces destinées aussi bien à la liturgie qu’à l’usage civil. Parmi les œuvres exposées dans cette partie du musée, on peut remarquer le grand ostensoir de la Collégiale de San Antolín, doré sur commande du conseil municipal en 1562, et la croix reliquaire, d’origine italienne, dont l´évêque Juan Ruiz de Medina, premier grand mécène de cette église, en a fait la donation.




"La vida de Lazarillo de Tormes y de sus fortunas y adversidades".
Medina del Campo 1554. Impr. Mateo et  Francisco del Canto


L’IMPRIMERIE ET LE COMMERCE DU LIVRE

Au XVIe siècle, deux villes principales de la Couronne de Castille monopolisaient le développement du commerce du livre: Salamanque et Medina del Campo. On y réalisait, respectivement, la production et la distribution des textes imprimés. C´est à Medina, grand centre commercial, que l’on trouvait les principaux commerçants libraires et les plus grandes réserves de papier. C’est ainsi que la ville est devenue le plus grand centre d´importation d´ouvrages imprimés provenant de l’étranger.

Ce commerce passe par trois périodes bien distinctes: une première période provisoire (fin du XVe siècle - 1540), durant laquelle le commerce est réalisé par des libraires de passage appelés "commerçants ambulants des foires"; vient ensuite une période de grande expansion (1540-1590), pendant laquelle des libraires en provenance de Salamanque, Séville, Anvers, Lyon, Venise, etc., s´installent en permanence dans cette ville; enfin, une période de décadence qui s’est faite sentir dès la fin du siècle.

En ce qui concerne l´activité d’imprimerie à Medina del Campo, sa renommée internationale n’a jamais égalé celle du commerce et de la distribution de livres. Néanmoins, notre ville se situait aisément au niveau des grands centres d’imprimerie traditionnels tels que Valladolid, Burgos ou Alcalá de Henares. On peut trouver dans le musée des pièces originales du XVIe siècle représentant des livres imprimés chez les typographes locaux ainsi que des ouvrages édités dans les imprimeries des plus grands centres européens comme Anvers, Lyon, Cologne, Venise, etc. On y trouve également des reliures plateresques et une série de  gravures flamandes (fin du XVIe et début du XVII e siècle) à caractère religieux ou profane, preuve du riche commerce des estampes réalisées par des auteurs tels que Ioan Stradannus, Johannes Wierix, Otto van Venius, Antonio Tempesta, Thomas de Leu, Jean le Clerc, Isaac van Haelbeek, Adrian Collaert ou Phillip Galle.


LA «DIVERSITÉ DES MÉTIERS ET DES MARCHANDISES»

Cette phrase, extraite d’une citation classique à propos des foires de Medina del Campo, illustre la grande variété de marchandises et de métiers liés aux activités de la foire, raison pour laquelle que dans cette partie du musée sont exposés des objets de nature très différente. Parmi eux, des pièces orientales en ivoire et d’art nambán qui mettent en évidence l’importance du commerce de l´outre-mer. On peut également voir d’autres objets provenant des régions voisines telles que des azulejos ou des boîtes de pharmacie. Enfin, d’autres objets tels que des cloches fabriquées par des artisans itinérants, des objets d’origine flamande et d´Europe centrale tels que des châsses, des clochettes de Malines ou des pièces de dinanderie utilisées pour le culte sont également exposés.



 






Poids en fer marqués avec les armoiries de Medina del Campo


Pile de poids à godets. 8 libres. 17ème siécle. Bronze.

LE MARCHÉ FINANCIER ET LES CHANGES

Le commerce de l’argent et le marché financier de prêts à intérêt constituent les activités économiques les plus développées dans les foires de Medina del Campo, c’est ce qui en a fait sa renommée internationale. La lettre de change est la modalité de prêt la plus répandue pendant le XVe et le XVIe siècle. Malgré quelques antécédents, c’est vers le milieu du XIIIe siècle que cet instrument mercantile commence à se développer. Son usage se généralisera pendant le XIVe siècle mais il faudra attendre les foires de Medina pour qu’il atteigne son apogée.

C´est grâce à l’héritage du commerçant et banquier Simón Ruiz, parfaitement bien conservé par la fondation du même nom, que nous pouvons admirer dans cette partie du musée de nombreuses œuvres d’art. Parmi celles-ci, le portrait du banquier et de sa seconde épouse, ainsi que d´autres objets tels que des caisses, des coffrets et des documents personnels et commerciaux appartenant à ses extraordinaires archives, les plus importants de son genre: son testament, livres de foire, écritures, pouvoirs, lettres, lettres de change, etc.

Poids et mesures

Des pièces très singulières illustrent cette partie du musée: une collection de jetons pour compter, des balances de cambiste, des piles à godets et un ensemble complet de poids en fer, peut-être l´officiel de l´octroi, datant du XVIe siècle et marqué des armoiries de Medina del Campo.

La diversité de monnaies posait aussi des problèmes et c’est grâce à l'Ordre Royal dicté à Medina del Campo et signé par les Rois Catholiques en juin 1497, que l’on établit une monnaie en or, le "ducat" ou "excellente de la grenade", unifiant ainsi les différents étalons monétaires des royaumes péninsulaires, en même temps que l’on adopte une monnaie unique.



LE BÂTIMENT : L´ANCIENNE ÉGLISE DE SAN MARTIN

L´ancienne église de San Martin et l´hôpital voisin de San Pedro de los Arcos, ont été fondés en 1512 par Pedro de Ribera et María de Medina, courtisans des Rois Catholiques,  en face de leur grand palais. Leur blason est toujours présent sur les portails des deux bâtiments.

L’église, érigée dès les premières années du XVIe siècle, présente sur sa façade principale un portail en plein cintre à voussoirs saillants, flanqué par des colonnes en granit sur consoles en volute. À l’intérieur, un grand arc de triomphe, reconstruit en 1598, sépare l´ancien sanctuaire du vaisseau central, couvert d’une voûte en berceau avec des lunettes, datant de 1801. La deuxième travée de la nef donne accès à un nouvel espace où se trouvait l´ancienne chapelle de Nuestra Señora de la Asunción ou «de los Palomares», fondée au début du XVIIe siècle.

Le plafond du sanctuaire présente un magnifique lambrissage mudéjar de base octogonale, appuyé sur quatre trompes et formé par huit pans de mur rampants et un horizontal supérieur, sur lesquels un ensemble de pièces plates en bois, entrelacées comme des rubans, forment des figures géométriques étoilées, généralement, des roues à plusieurs bras entrecroisés.

Traduction David Terron